Les méthaniseurs : une menace pour la qualité de l’air, de l’eau et du sol

Par Caroline LEMAIRE, le 5 juillet 2020

Le journal indépendant Reporterre a publié en janvier 2019 trois articles intéressants au sujet des méthaniseurs et des risques écologiques liés à leur implantation. Je m’en suis largement inspirée pour rédiger cette synthèse et salue le travail de Julie Lallouët-Geffroy.

Le nombre de méthaniseurs ne cesse de s’accroître en France, en particulier en Bretagne et dans notre région. La multiplication de ces structures n’est pas un phénomène de mode ni le fruit du hasard : cette prolifération est voulue et encouragée par les pouvoirs publics, car elles permettent de produire du biogaz.

Ainsi, le Plan Énergie Méthanisation Autonomie Azote (EMAA) établi conjointement par le ministère du Développement durable et le ministère de l’Agriculture le 29 mars 2013, vise à l’implantation 1000 unités de méthaniseurs à la ferme sur le territoire national alors qu’il n’en existait que 90 en 2012.

A cet effet, l’ADEME finance depuis 2007 les projets de méthanisation à travers le fonds déchets. Les méthaniseurs générant une puissance supérieure à 500 kW sont soutenus par appel d’offres, les autres par un tarif d’achat d’électricité garanti pendant 20 ans.

Cet investissement séduit de plus en plus les producteurs et les éleveurs agricoles, au point parfois de leur faire abandonner leur production initiale. Le prix du lait étant fluctuant et souvent en dessous du prix de revient, Stéphane Bodiguel, équipé d’un méthaniseur depuis 2011, a fini par cesser sa production laitière en 2019.

Au sein des méthaniseurs, milieux sans oxygène, de la matière organique (mélange de déjections animales, de cultures intermédiaires comme l’avoine et l’orge et de résidus céréaliers) se dégrade biologiquement grâce à l’action de multiples micro-organismes.

Ce mélange est chauffé à 38 °C pendant sur une période comprise entre 40 et 200 jours. Trois éléments résultent de ce processus : du méthane, de la chaleur et un digestat. Le méthane qui se dégage est converti en électricité et envoyé dans le réseau, tandis que la chaleur générée par le dispositif sert à chauffer l’exploitation. Enfin, le méthaniseur produit également un « digestat », concentré d’azote, de phosphore et de micro-organismes, destiné à être épandu sur les terres en guise d’engrais.

Le problème majeur vient de l’épandage du digestat, concentré de bactéries, de spores et de parasites, mais aussi de résidus médicamenteux provenant de l’élevage. Le chauffage à 40 degrés ne suffit pas à éliminer les pathogènes et peut même créer des résistances.  « Lorsque le digestat bourré de pathogènes est épandu, il est consommé par le sol puis s’infiltre vers les cours d’eau et les nappes phréatiques », explique Marie-Pascale Deleume, membre du groupe méthanisation d’Eaux et rivières de Bretagne. Un traitement au chlore ne suffit pas non plus pour éliminer les pathogènes de l’eau potable selon Liliane Reveillac, membre du CSNM, Conseil scientifique national pour une méthanisation raisonnée (CNSM). Sur certains sols et en cas de fortes pluies, l’infiltration peut être très rapide.

Alors que l’OMS estime que 10 millions de décès par an d’ici 2050 seront imputables à l’antibiorésistance, il vient de s’inquiéter de la prolifération de ces méthaniseurs, qui, pour la plupart ne sont plus considérés comme des installations classées et ne font l’objet que d’un enregistrement en préfecture. En cas d’accident, les conséquences seraient pourtant sévères.

Le physicien Daniel Chateigner, explique que « lorsque les bâches qui couvrent les digesteurs se détériorent, vous avez une fuite de méthane ». Or, le méthane a un potentiel de réchauffement 28 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone. Mais, encore une fois, le problème viendrait surtout du digestat qui dégage de l’ammoniac. Au contact de l’air, il s’oxyde et se transforme en protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO2 ! Des particules fines et de l’oxyde d’azote peuvent également se développer. Si des mesures sont prises pour limiter les conséquences néfastes de la volatilité du digestat, elles demeurent insuffisantes selon les chercheurs du CNSM.

Quid du méthaniseur à Senlis ? Que penser de sa proximité avec un grand entrepôt de logistique ? Quels effets sur la qualité de l’eau de de l’air pour les Senlisiens ? Ne doit-on pas craindre un effet cocktail majeur, sachant que ces installations se situent à proximité d’une zone de captage en eau potable ?

Alors que des promeneurs et riverains se plaignent des odeurs persistantes sur la voie verte, quelles mesures supplémentaires prendre pour limiter les risques et faire cesser les nuisances olfactives ?

Nous tenterons prochainement d’éclaircir ces points en instaurant un dialogue avec les personnes concernées. Nous proposerons la mise en place d’une mesure d’hygiénisation du méthaniseur (chauffage d’une heure à 70°), si celle-ci n’est pas en vigueur pour l’installation de Senlis.


Sources :

https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/biogaz#e4

https://reporterre.net/La-methanisation-des-questions-sur-une-usine-a-gaz-Notre-enquete

https://www.leparisien.fr/oise-60/mais-d-ou-viennent-les-mauvaises-odeurs-ressenties-a-senlis-15-04-2020-8300109.php

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