Août 2020 le retour annoncé des néonicotinoïdes, les « pesticides tueurs d’abeilles » dès le printemps 2021 en France.

Par Caroline LEMAIRE, le 29 août 2020

Le 6 août dernier, le ministre de l’agriculture M. Julien Denormandie et la ministre de la transition écologique, Mme Barbara Pompili, ont annoncé que les producteurs de betteraves à sucre pourraient utiliser à nouveau les néonicotinoïdes pour protéger leur culture des pucerons verts, dont certains sont porteurs du virus de la jaunisse. Les producteurs de maïs se sont empressés de demander dès le lendemain le bénéfice de cette dérogation …

En effet, cette année a été désastreuse pour la filière de la betterave à sucres, une invasion précoce et rapide de pucerons au mois d’avril conduisant à une atteinte de nombreux plants par la jaunisse et à une perte d’exploitation massive.

Jaunisse de la betterave
Agrifind.fr

 Les raisons de cette attaque sont avant tout climatiques :

Christian Huygues, directeur scientifique du pôle agriculture au sein de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) évoque les facteurs suivants :

– une pression atmosphérique « énorme »

– des températures exceptionnellement élevées aussi bien à l’hiver qu’au printemps dernier avec notamment +3.6°C en février par rapport aux normales de saison.

Mais cette invasion de pucerons est aussi étroitement lié à un usage massif des pesticides néonicotinoïdes ces 27 dernières années entraînant :

– la disparition des insectes auxiliaires, prédateurs des pucerons verts, en particulier les coccinelles, eux aussi victimes de ces pesticides

– une résistance des pucerons verts en raison d’un usage préventif de ces molécules via un enrobage systématique des semences commercialisées.

Pollinis

Les insecticides préconisés par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation de l’environnement et du travail (l’ANSES) et l’Institut Technique de la Betterave (l’ITB), à savoir le Teppeki et le Movento, en plus d’être eux aussi toxiques pour l’environnement et les êtres vivants, se sont avérés inefficaces.

Face à ce modèle à bout de souffle, les pouvoirs publics, cédant à la pression des lobbies, ont décidé de réautoriser les néonicotinoïdes dont 5 molécules avaient pourtant été interdites au 1er septembre 2018, en vertu de la loi n° 2016-1087 du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages et de son décret d’application du 1er août 2018.

Médiapart le 1er septembre 2016

Cette interdiction avait été motivée par les effets létaux et sublétaux de ces substances sur de nombreuses espèces vivantes, notamment les pollinisateurs.

Ces molécules agissent sur le système nerveux central en raison de leur affinité avec les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine. Toxiques à des doses infimes, elles provoquent par exemple désorientation et paralysie des insectes et sont à l’origine du phénomène de « Collapse Colony Disordeur », c’est-à-dire l’abandon par les abeilles de leur ruche.

https://www.theburningplatform.com/2019/08/09/insect-apocalypse-us-farmland-48-times-more-toxic-to-insects-than-25-years-ago/

Les néonicotinoïdes contaminent sols, airs, eaux, composés végétaux mais aussi l’alimentation : par exemple, l’acétamipride et l’imidaclopride sont présents respectivement dans 5% et 4% des échantillons alimentaires recueillis en Europe.

Or, ces produits sont également nocifs pour l’Homme : plusieurs études ont établi un lien entre ces pesticides et les maladies du spectre autistique. En effet, un déficit en l’acétylcholine est associé à l’autisme, mais aussi à la démence, l’obésité, la dyslexie, les troubles maniacodépressifs, les troubles de la concentration, les dysfonctions érectiles etc.

Quant à la maladie d’Alzheimer, il s’agit du stade ultime et irréversible de cette déficience : pour pallier au manque d’acétylcholine dans le cerveau, les neurones utilisent la choline contenue dans leurs propres membranes : au terme de ce processus d’auto cannibalisme neuronal, il n’y a plus assez de neurones cholinergiques en activité et la maladie s’installe.

Les néonicotinoïdes sont des agonistes de l’acétylcholine (ACh). Les molécules pesticides se lient aux récepteurs nicotiniques de l’ACh et empêchent donc celle-ci de remplir son rôle de neurotransmetteur. Crédits : Landry et Gies
https://trustmyscience.com/neonicotinoides-trois-pesticides-desormais-interdits-ue/

La réintroduction des néonicotinoïdes dans l’environnement, décidée par les ministres du nouveau gouvernement Castex, est donc loin d’être anecdotique. Réapparition de la pollution chimique dans l’environnement, aggravation du phénomène de résistance des pucerons, mort des insectes précieux pour l’agriculture, disparition des oiseaux….  Les effets pervers de cette décision, qui risque de compromettre les solutions à long terme, sont suffisamment nombreux pour contester l’octroi d’une dérogation à l’usage des néonicotinoïdes.

Le modèle de l’agriculture intensive, non seulement nocif et préjudiciable à tous, n’est plus viable. En accord avec l’association Pollinis, nous pensons que l’issue de cette crise agricole se trouve dans l’élaboration d’un plan gouvernemental de transition agricole qui permettrait d’aider les producteurs à se convertir ou à passer à l’agriculture biologique. Ce plan se traduirait notamment par la création d’un fonds d’indemnisation.

Quant à la lutte contre les pucerons vecteurs de la jaunisse, des alternatives efficaces, saines et durables existent déjà :

– la plantation d’œillets d’inde à côté des plants de betterave, leur odeur étant insupportable pour les pucerons

– le morcellement des parcelles et la diversification des cultures, favorisant une autorégulation par les insectes eux-mêmes et améliorant la gestion des terres  

– utiliser des variétés de betterave dont le rendement est plus faible mais qui résistent mieux aux ravageurs

– procéder à l’ajout d’engrais azoté pour améliorer le développement des feuilles et prévenir la diminution de la photosynthèse engendrée par le virus de la jaunisse etc.

L’œillet d’Inde, planté couramment à côté des tomates et des rosier est connu pour sa capacité répulsive contre les pucerons
http://potager-sur-buttes.blogspot.com/2014/05/les-fleurs-au-potager.html

Malheureusement, en raison de la prééminence d’une logique de rentabilité à court terme de la filière agricole, associée à une méconnaissance du mécanisme d’action et de la nocivité des pesticides, une grande partie des agriculteurs restent réfractaires à ces alternatives.

Dix-huit associations environnementales ont écrit à M. Denormandie, pour signifier leur opposition aux réemplois des néonicotinoïdes.

Une pétition a été lancée par l’association Agir pour l’Environnement, vous pouvez la signer ici :

https://neonicotinoides.agirpourlenvironnement.org/

Pour ceux qui souhaitent en savoir davantage sur les néonicotinoïdes, un rapport plus détaillé d’une dizaine de pages est à disposition des adhérents.

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